Parissa Haghirian

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Associate Professor of International Management at Sophia University, Tokyo, in the field of Japanese Management.

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Dez 17 2009

Parissa in the LE JOURNAL DE JETRO PARIS

VERS UNE MEILLEURE VALORISATION DE LA FEMME ACTIVE JAPONAISE ?

A l’heure ou le Japon redoute une grave penurie de main d’oeuvre, le pays laisse peu de place a la femme active. Si celle-ci peut choisir d’integrer une entreprise etrangere pour une carrier plus valorisante, cela reste difficile. Les mentalites doivent evoluer pour permettre a la natalite de se redresser. La femme japonaise a un role crucial a jouer… si l’homme le lui permet.

 Dans un pays aussi moderne et industrialise que le Japon,la femme n’a qu’une place de second plan dans l’entreprise. Elle peut difficilement conjuguer carriere professionnelle et vie de famille satisfaisante. L’ideal d’une vie reussie au Japon reste encore tres traditionnel : le mari doit devenir un salaryman et l’epouse une femme au foyer et une mere a temps plein. Mais cet ideal ne seduit plus les jeunes femmes. Elles sont souvent tres bien instruites, a l’instar des pays occidentaux, mais contrairement a ces derniers, le marche du travail japonais ne s’est pas interesse au potentiel des candidates feminines. Les opportunites de carriere sont limitees et ce en depit de la perspective toute proche d’un manque crucial de main d’oeuvre, en raison du vieillissement de la population.

Il existe dans les entreprises japonaises un systeme bien particulier qui perennise cette situation. Les nouvelles recrues sont divisees en deux groupes : ippanshoku pour la voie administrative et sogoshoku pour la voie manageriale. La premiere voie est traditionnellement reservee aux femmes et la seconde aux hommes. Une fois dans l’ippanshoku, la femme ne peut esperer acceder a un poste de manager et restera toujours dans un role de second plan. De plus, les horaires de travail sont souvent incompatibles avec une vie familiale. Selon une etude d’une agence des Nations Unies, en 1985, les postes de management etaient a 6,6 % detenus par des femmes. Vingt ans plus tard, ce pourcentage est passe a seulement 10,1 %. A titre de comparaison, aux Etats-Unis, les femmes representent 42,5 % des postes de management.

 Un tel gachis a de lourdes consequences pour l’economie du pays, surtout qu’au Japon l’education est tres chere. Une loi a ete promulguee en 1985, nommee Loi sur l’egalite des chances au travail, mais n’a eu que tres peu d’effets, car elle n’inclut pas de reelles sanctions a l’encontre des entreprises discriminatrices. Plus que cela, les femmes actives qui ont brise un tabou en voulant denoncer certaines pratiques devant la justice n’ont pas trouve une oreille attentive et compatissante.

Selon un programme des Nations Unies sur la participation des femmes dans la vie economique et politique d’un pays, le Japon est place 42e sur 75 nations en 2006, juste avant la Macedoine et bien loin des Etats-Unis (12e).

 Le groupe Nikkei a lance a la fin des annees 1980 un nouveau magazine Nikkei Woman, a l’heure ou l’economie japonaise etait florissante. ≪ Nous pensions que la carriere des femmes allait enfin demarrer et nous voulions etre a la pointe de la tendance ≫, explique l’editeur en chef Hiroko Nomura. C’etait sans compter sur la crise qui stoppa net tous les espoirs de carriere des femmes. Le Nikkei Woman a du changer alors de cible et de discours pour s’adresser aux office ladies et aux employes a temps-partiel. ≪ Nous etions trop en avance sur notre temps mais si la bulle financiere n’avait pas explose, le progres pour les femmes aurait ete bien plus rapide.  

Dans une societe aussi masculine que le Japon, les femmes actives sans enfant sont percues comme egoistes. Les Japonaises qui ont tout sacrifie pour leur entreprise sont vues par les plus jeunes comme a plaindre et non pas comme un exemple d’emancipation.

 LHOMME DOIT ALLER TRAVAILLER, LA FEMME RESTER A LA MAISON ET SOCCUPER DE LA FAMILLE  : QUELLE OPINION LES JAPONAIS ONT-ILS SUR CETTE IDEE ?

japon

 L’opinion qui domine est que la baisse de la natalite est la faute des femmes et que les hommes n’y peuvent rien. Certains membres du parti politique anciennement majoritaire, le PLD, ont meme exprime leur souhait de voir les femmes rester au foyer, jusqu’a pousser a demander une revision de la loi sur l’egalite au travail, car celle-ci aurait conduit a un egoisme et ainsi, a la ruine de la famille et de la communaute. Pourtant, des etudes ont montre que dans les pays ou les femmes actives sont nombreuses et aidees par le gouvernement, le taux de natalite etait fort, comme en France.

 Dans un contexte aussi difficile, une solution s’offre a elles : integrer une entreprise etrangere ou gaishikei, particulierement celles qui ne sont pas encore connues et qui donc attirent plus difficilement les hommes diplomes, qui preferent quant a eux les grandes enterprises japonaises dans lesquelles leur carriere sera assuree. Ces gaishikei sont d’ailleurs connues pour embaucher plus de femmes au Japon que dans leur propre pays.

 Ces femmes sont embauchees pour leurs competences et elles se voient offrir des promotions et la possibilite de combiner vie de famille et vie professionnelle. Mais integrer une societe etrangere signifie se familiariser avec une autre culture. Travailler avec des etrangers n’est pas toujours aise et les conflits nes de difference de culture sont monnaie courante. De meme travailler dans une societe etrangere n’est pas non plus une garantie de carriere reussie. Les entreprises etrangeres au Japon sont souvent des filiales sans unite de production, et donc de taille plutot modeste. Faire carriere dans une petite structure etrangere est difficile.

 Le contexte actuel de crise rend encore plus ardue la position de la femme japonaise dans une gaishikei. En effet, les hommes japonais s’interessent de plus en plus aux possibilites de carriere dans les enterprises etrangeres, depuis que les changements de postes se democratisent. De meme, le chomage pousse les hommes a regarder sous un meilleur jour les gaishikei. La consequence est que les femmes vont devoir se battre de plus belle pour leur place dans ces entreprises, alors que parallelement il y a de plus en plus de femmes diplomees, pour des opportunites de travail de moins en moins nombreuses.

Combiner une vie personnelle et une carriere professionnelle reussie est aujourd’hui plus difficile que jamais. Quelques entreprises japonaises ont pris conscience de cette realite et tentent de changer leur politique. Accorder des facilites de garderie, proposer des horaires flexibles et supprimer l’ippanshoku sont des signes modestes mais reels d’amelioration. Le nouveau gouvernement a annonce vouloir favoriser la natalite. Pour ce faire, il devra reconnaitre le potentiel des femmes et leur offrir de meilleures conditions pour concilier vie familial et vie professionnelle. Il s’agit de repenser totalement le role des sexes, la famille et le travail. Une vraie revolution. [Caroline Artus]

Source : ≪ Japanese Women in International Management ≫ , Parissa Haghirian in JAPAN SPOTLIGHT Sept/Oct 2009, pp. 46-47, Japan Economic Foundation

The original article can be found here

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